Je pense que je vous dois bien quelques explications sur mon long silence des deux derniers mois. J'ai eu pas mal de moments difficiles (et j'en ai encore de temps en temps d'ailleurs).
1) Un coloc de merde.
McGill, la fac où je bosse, me paye le logement en échange de mes services (c'est le minimum je trouve !). J'ai trouvé un appart' en décembre dernier sur le site des petites annonces de McGill. C'est une colocation avec un mec que la proprio m'a présenté comme calme et agréable. Je précise que les coloc sont monnaie courante ici et que c'est beaucoup plus simple de trouver une coloc qu'un studio. A l'époque, l'idée de vivre avec quelqu'un me paraissait bonne. Je ne serais pas seule et l'éloignement et l'acclimation serait plus facile. Oui mais voilà, rien ne s'est passé comme prévu. Le jour de mon arrivée, ce cher Ali (mon coloc) n'avait même pas rangé la salle à manger-salon et fait la vaisselle. J'ai essayé de sympathiser avec lui pendant deux semaines, sans succès. Il ne m'a ABSOLUMENT pas aidée à m'installer : par exemple, diner avec moi un soir pour que l'on fasse connaissance, me montrer le supermarché du coin, des bons plans ou même me proposer de me montrer la ville, bref ce que je considère comme le "minimum syndical". Il rentrait tard le soir, disant à peine bonsoir et partait dans sa chambre. Ensuite tout est parti de travers. Il s'est mis à ne plus aller au travail la journée, à dormir toute la journée et à vivre la nuit : il a du perdre son boulot, je pense. Il vivait dans le salon, dormait sur le canapé, regardait la télé tard ou plutôt tôt le son à fond, téléphonait dans le salon la nuit ! Ba oui ca aurait été trop compliqué de le faire dans sa chambre. Et ma chambre donne sur le salon ! Bref j'étais reveillée au moins trois ou quatre fois par nuit, par le bruit ou la lumière ! Et quand je ne dors pas bien, je n'ai pas le moral et je suis de mauvaise humeur. L'apothéose a eu lieu un nuit, où après être rentré à 3h du mat avec l'une des ses petites copines (un conne qui me regardait de travers !), ils se sont mis à discuter à voie haute en criant et rigolant comme des abrutis dans le salon. Excédée et exténuée (j'avais en plus un rendez vous avec ma maitre de stage le lendemain), je suis sortie de ma chambre en leur demandant de dégager (je l'ai dis plus poliment, je vous rassure !). Le lendemain matin, je lui ai écrit un gentil mot (ba oui, il dormait ce matin là !) le félicitant de m'avoir reveillée la nuit, lui expliquant que j'étais naze et que le salon n'était pas une annexe de sa chambre mais une pièce commune. Après une journée à la con au labo, mon coloc a voulu parler de ce mot. La conversation s'est résumé en gros à : "Je vis la nuit mais c'est comme ca, si t'es pas contente c'est pareil. Et puis pour la nuit dernière, tu devrais être contente, je voulais allumer la télé et je ne l'ai pas fait !". Il ne ferait pas d'efforts et il aurait fallu que je le remercie !!!!!! Précisons au passage que monsieur ne faisait jamais la vaisselle, laissait son bordel trainer partout dans l'appart, avait une propreté douteuse (je ne pense pas qu'il ait passé l'aspirateur dans l'appart une seule fois !) et que quand je rentrais, j'avais le sentiment de déranger et surtout de ne pas être chez moi ! Epuisée et à bout de nerfs, je suis allée voir la secrétaire de McGill qui m'avait aidé pour les démarches administratives de la coloc'. Je lui ai expliqué la situation en lui disant que je ne pouvais évidemment pas vivre comme ca. Elle a ensuite appellé la proprio et cette dernière a decidé de virer mon coloc !! Super mais il fallait encore vivre deux mois avec cet abruti. J'ai donc commencé à chercher un studio à Montréal avec l'aide de la secretaire. Un jour la proprio m'informa que mon coloc à la con avait finalement décidé de partir plus tôt, de lui même. Il ne m'avait jamais parlé bien sûr ! J'ai donc décidé de rester dans l'appart. J'ai encore vecu deux semaines avec lui, période où je restais le plus longtemps possible au labo et où en rentrant "chez moi", j'allais directement dans ma chambre, où je dinais ! Sympa comme ambiance. Quelques jours avant son départ, cet abruti a voulu comprendre mon attitude qu'il jugeait de "passive-agresive". Je lui ai donc expliqué, bien sûr énervée (comment pourrait-il en être autrement !), ce qui n'allait pas, son manque de respect, ... . Après des palabres sans aucun intêret, ce dernier m'a expliqué que le problème venait de moi, parce que j'étais jeune, que je n'avais jamais vécu avec quelqu'un ... Bref excédée, je lui ai fait comprendre qu'il ne fallait pas non plus se foutre de moi. Et lui de déclarer, que ce n'était pas normal de s'énerver comme ca et il fallait que j'en parle à un psy !!!!!!! ABASOURDIE et complétement hallucinée, je lui ai répondu que je n'avais aucun conseil à recevoir de quelqu'un comme lui qui n'avait aucune éducation et qui ne respectait pas les règles de base de la colocation. Je suis rentrée dans ma chambre, j'ai pris mon PC, mon passeport et je suis allée ... non pas à l'aéroport (mais ca aurait pu !) mais chez des amis français. Le moment est enfin venu où cet imbecile a deménagé en laissant derrière lui sa chambre sale et un amas de cartons et de merdes (je ne trouve pas d'autres mots !) dans le salon ! Depuis début avril, je vis seule, dans un appart' rangé et propre et surtout JE PEUX DOMIR LA NUIT SANS ETRE REVEILLEE !
2) Travail décevant et ambiance inexistante au labo.
En arrivant au labo le premier jour, ma maitre de stage m'a fait visité en gros le département et m'a à peine présentée a mes collègues. Je partage mon bureau avec trois autres personnes. Le problème c'est que la première m'adresse à peine la parole, la seconde n'est jamais là : elle bosse chez elle. Quand le troisième est là, je lui parle un peu mais comme il est chinois c'est un peu compliqué ! Précisons encore que personne ne m'a demandé comment j'allais, comment se passait l'adaptation, ce que j'avais étudié à l'ENS, ce qu'est l'ENS. Personne ne m'a proposé de me montrer la fac ou la ville ou de manger ensemble le midi ou un soir ! J'ai proposé à plusieurs reprises que l'on prenne un café ensemble un soir après le boulot et j'ai eu comme reponse : "oui bonne idée, mais ce soir, je ne peux pas. Je te dirais quand je suis disponible". C'était il y a deux mois et ce café ou diner n'a jamais eu lieu. Le premier travail que j'ai eu n'était pas passionnant. J'ai donc demandé un deuxième travail en plus. Idem. J'ai l'impression que je fais le travail du larbin, les trucs que les autres ne veulent pas faire. J'ai donc demandé encore du travail (ce qui a beaucoup surpris ma maitre de stage). Je travaille actuellement sur quatre projets avec deux collègues, qui ne sont pas dans mon bureau. Je suis dépendant d'eux pour pas mal de trucs. Oui mais voilà, ces chers collègues travaillent chez eux, je communique donc avec eux par mail, ils mettent des heures à répondre à un mail, n'ont pas un rendement fou et une motivation importante et ont des horaires étonnants (arrivée vers 12h au labo et départ à 17h). Je suis toujours obligée de reclamer plusieurs fois les choses, de pousser tout ce petit monde. Ca doit bien les déranger mais je ne suis pas là pour leur faire plaisir, mais pour travailler. C'est EXTREMEMENT frustrant. D'autant plus que j'ai l'impression qu'ils font de la rétention d'informations quand je leur pose des questions. Je leur ai aussi proposé de prendre un pot un soir et même reponse que précedemment. Bref ambiance inexistante. Déprimée, j'ai envoyé un mail à ma maitre de stage il y a deux semaines, lui expliquant que je mangeais seule, que je n'étais pas integrée, que je ne connaissais personne à Montréal, que j'avais déjà pensé à rentrer en France plusieurs fois, que je ne demandais pas mieux que de travailler et qu'il fallait me donner du boulot. Ca l'a fait réagir (heureusement !) et elle m'a invitée le soir même à manger chez elle avec ses enfants. Elle a pris conscience de la situation. Reste néanmoins qu'elle ne connait pas mon niveau scolaire, qu'elle ne m'a jamais posé de questions à ce sujet, qu'elle ne connait pas l'ENS malgré la brochure que je lui ai donnée. Elle m'a un jour demandée si j'étais à l'Ecole Normale Supérieure depuis la maternelle !!! (J'imagine déjà la tête de mes collègues de l'ENS quand ils liront ca !) Mais pour ce qui est de mes collègues au labo, rien n'a évolué ! Je reviens tout juste d'un colloque de trois jours (je vous en parlerai plus tard). J'étais avec deux de mes collègues de labo. C'était très sympa dans la mesure où je ne les ai pratiquement pas vus ... J'ai rencontré d'autres personnes du département de physique, c'est une piste à "exploiter". Mais je n'ai pas sympathisé avec mes collègues, ils ne m'ont pratiquement pas adressé la parole ! Il y a un gros problème de communication à l'évidence. Quand j'essaie de faire des efforts, de faire des blagues, ca ne marche jamais : ils ne comprennent pas le second degré et l'autodérision et c'est la seule forme d'humour que je pratique (quand je fais réference à ma couleur de cheveux pour rire, je suis obligée après de leur expliquer que c'était une blague !). Je pense aussi qu'ils sous-estiment tous mon niveau et ma motivation mais comme personne ne m'a posé de questions à ces sujets, ca ne risque pas de changer. Je ne suis pas sure que mes chers collègues soient capables de faire l'examen de relativité générale ou de dynamique des fluides astrophysiques que nous avons eu à l'ENS. Je doute également que l'on ait le même niveau en mécanique quantique, analytique et statistique. D'accord je ne connaissais pas Linux, le C ou le langage Python en arrivant mais je les ai appris en peu de temps je trouve ...
3) Le légendaire accueil des québecois.
Alors là, c'est simple : j'ai été victime d'une publicité mensongère.
Je ne suis pas venue à Montréal par choix. La chercheuse avec laquelle je travaille m'a été conseillée par un prof, elle fait des recherches intéressantes et prometteuses. Elle aurait pu travailler n'importe où en Amérique du Nord, j'aurais accepté d'y aller. Il s'avère qu'elle bosse à Montréal. Quand j'ai dit à quelques personnes dans quelle ville j'allais, tout le monde m'a dit : "Montréal, c'est une ville super sympa et les québecois sont des gens très accueillants et attentionnés ". Et bien jusqu'à présent je peux dire que c'est FAUX ! Je ne suis peut être pas tombée sur les bonnes personnes mais ca fait quand même trois mois que je vis ici. La légende qui consiste à dire que dans le métro, les gens ne font pas gueule comme à Paris est fausse. Les gens ne sont pas plus agréables dans la rue qu'à Paris. D'accord CERTAINS (vraiment pas tous) vendeurs sont sympas dans les magasins, mais c'est pareil à Paris ! Les gens, c'est vrai, sont peut être un peu plus chaleureux quand on leur dit que l'on est francais (vaut mieux pas être anglophone !). Mais dès qu'il s'agit de sympathiser plus, là, il n'y a plus personne. Montréal c'est bien mais DEUX SEMAINES ET EN TOURISTE. Je laisse encore une chance aux Quebecois de me faire changer d'avis. C'est très dommage comme situation parce que je voudrais tellement comprendre l'histoire du Québec, les relations avec le gouvernement fédéral, les autres provinces, les anglophones, .... mais je n'ai personne à qui poser des questions !
J'avoue que j'ai pensé à plusieurs reprises à rentrer en France (et ca m'est arrivé encore il n'y pas très longtemps) et à faire un stage à l'Observatoire de Meudon avec un chercheur que je connais. Heureusement, j'ai retrouvé un camarade de classe ici à Montréal. Il y a deux mois j'ai découvert sur Facebook (je ne pensais pas que ca me servirait un jour), que Thibault, un ami d'amis en terminale à Stan, faisait son M1 de droit à McGill. J'ai pris contact avec lui et il m'a permis de rencontrer plein de monde, que des francais en fait ! Je pense que si Thibault n'avait pas été là, je serais rentrée à la mi-Mars.
Je m'implique beaucoup dans mes quatre projets (j'ai parfois l'impression aux réunions que je suis celle qui travaille le plus !) et je saute sur toutes les occasions pour en faire plus. J'ai donné une conférence jeudi (je vous en parlerai plus tard) et je suis volontaire pour l'organisation du COSPAR (idem) en juillet. Je pensais rester peut être en aout au labo pour bosser encore un peu mais j'en doute de plus en plus. Je changerai peut être d'avis, on verra.
Je ne pense pas que mon problème d'intégration vienne de moi. Il suffit que regarder ma vie à Paris, mon année de Terminale ou mon stage l'été dernier au LERMA-LAMAp à Cergy. Je pense par contre, que j'ai mis BEAUCOUP TROP d'espoirs dans ce stage. La déception en est d'autant plus difficile à supporter. Je ne pense pas faire ma thèse à McGill. Mon prochain stage aura lieu aux USA, en Israel ou en Europe mais probablement pas au Canada.
Désolée pour le ton pessimiste de ce message et pour les insultes que j'ai pu utiliser.
Je ne suis pas la seule de ma promo à ressentir ce que je décris. Je pense qu'il serait de bon ton de l'expliquer à nos chers "encadrants" de l'ENS.
A bientôt pour des explications sur mon travail et les recits de mes week-end.
Morgane